Storytelling en formation
Image extraite du film "Le cercle des poètes disparus"

Storytelling en formation

Si le storytelling est un outil précieux pour l’optimisation de la communication des marques, il peut être également utilisé dans le cadre de la formation. Les mécanismes qui sous-tendent les principes de narration permettent d’ancrer efficacement de messages dans l’esprit des consommateurs ou des citoyens, mais également permettent de faciliter le transfert des informations, messages et connaissances.

Du story telling au « storytelling »

Depuis l’aube des temps, les humains se racontent des histoires. Cette façon d’échanger est tellement ancrée en nous qu’il suffit que nous entendions un « il était une fois » pour que notre attention soit irrésistiblement captée et pour que notre « machine à émotions » s’enclenche*.

Intrigués, de nombreux intellectuels et scientifiques ont théorisé les mécanismes du récit afin d’en dégager des règles pour les comprendre, voire pour en faciliter la création. Platon, Aristote, Diderot, Greimass, Vonnegut, Propp, Polti, Campbell … autant de noms qui ont permis aux professionnels de la narration d’affiner leur art. Campbell en particulier s’est distingué au 20e siècle avec son « Voyage du héros » ou monomythe : il a réussi à systématiser le schéma narratif en phases par lequel le héros dans un récit passe « nécessairement » :

Le monomythe de Cambell
Le voyage du héros théorisé par Campbell, une précieuse source d’inspiration pour les storytellers.
Source : wikipedia

L’art du storytelling découle de ces études. Il est important de comprendre que le but du « storytelling » n’est pas de raconter des histoires mais d’emprunter les codes de la narration pour faire passer des informations et des messages. Cette nuance n’est pas toujours claire dans l’esprit des débutants en storytelling qui pensent quelque fois que faire du storytelling équivaut à raconter une fiction. C’est pourquoi nous le répétons : le storytelling n’est pas l’art de raconter, mais une technique de communication, de vente ou de formation qui emprunte aux codes de la narration afin d’atteindre ses propres objectifs.

Trois angles pour appliquer le storytelling en formation

Nous n’allons pas entrer en détails dans ce post sur les rouages du storytelling. Nous allons plutôt nous attarder sur 3 angles que l’on peut appliquer en formation :

  • Angle mécanique
  • Angle incarnation
  • Angle univers

Ces approches vont permettre aux storytellers en herbe de débuter leur storytelling en formation par « petites touches ».

1° ANGLE MECANIQUE

Suivant beaucoup de théories du récit, sachez qu’une histoire se passe quasiment toujours de la même manière :

  1. un héros est chez lui au calme ;
  2. le héros reçoit un appel vers une aventure (au profit de quelqu’un ou quelque chose) ;
  3. le héros, seul ou accompagné, se lance dans l’aventure, aventure durant laquelle il va rencontrer des amis et des adversaires, vivre quelques péripéties ;
  4. l’aventure qui va se solder par un combat ou une confrontation ;
  5. le héros en ressort vainqueur ;
  6. le héros reçoit une récompense et rentre chez lui auréolé de gloire ; sa vie reprend un cours « normal ».

Normalement, ce que je viens de vous décrire éveille une histoire en vous à laquelle vous êtes particulièrement attaché, mais ce n’est pas forcément la même chez tous.

Et bien, vous pouvez créer des petits moments de formation sur base de cette MECANIQUE de déroulement d’un récit.

En effet, si vous considérez que chaque participant à votre cours ou votre formation est un héros, il est assis derrière son banc, tranquille, et vous lui lancez un défi, une aventure à réaliser (en gros, un « exercice » à résoudre). Le héros peut être un seul participant, mais ça peut également être un groupe de participants.

Ensuite, vous les laissez partir à l’aventure. Pendant qu’ils travaillent, vous pouvez créer des rebondissements, des péripéties. Par exemple, vous pouvez ajouter une difficulté inattendue à l’exercice ; ou vous pouvez contraindre de travailler sans internet ; ou vous pouvez reformer les groupes en cours d’exercice. Les possibilités de péripéties sont nombreuses ; l’intérêt ici est de créer du défi à relever.

Par ailleurs, comme un héros rencontre souvent un mentor au cours de son aventure ; vous-même, en tant que formateur, vous pouvez déambuler à travers les bancs en incarnant vous-même les fonctionnalités de ce mentor, avec par exemple le droit pour chaque participant d’aller une fois sur internet en votre compagnie ou de vous poser UNE question ou de tirer une fiche « joker » parmi un tas de fiches d’informations ou…

Enfin, scène de confrontation finale, chaque participant (ou groupe) devra présenter la solution au problème soumis, devant la classe.

En finalement, l’aventure se termine, chaque héros « rentre chez lui » et vous pouvez organiser un « Conseil des héros » qui consistera à débriefer l’exercice entre participants et où vous pourrez vous assurer que la « morale » est bien assimilée, entendez la « matière » de cours.

Donc, vous voyez qu’à peu de frais, on peut enclencher des mécaniques de storytelling pour des modules de formations.

Remarque : là, je vous ai parlé d’un moment de formation ; mais vous pourriez imaginer une telle mécanique sur une formation d’une journée, de plusieurs jours… d’un cycle complet de formation!

Parallèle avec le monomythe

Ce que je viens de vous décrire en termes de mécanique correspond à peu près au schéma de la narration décrite par Campbell et son monomythe.

Cette séquence stéréotypée de narration correspond à différents stades du déroulement d’une narration – ou un  » arc narratif » dit-on parfois aussi – à savoir :
L’exposition : on plante le décor //
EN FORMATION : on énonce l’énoncé du problème en le mettant en situation +/- ludique
Les actions croissantes : une successions de péripéties que vont vivre les héros //
EN FORMATION : les exercices en soi, avec possiblement des contraintes ou facilités apportées en cours de travail
L’apogée : moment critique de l’histoire //
EN FORMATION : « la présentation publique des résultats! »
L’action décroissante : retour au bercail et à la normale //
EN FORMATION : débriefing des présentations et éventuelle cotation
La résolution : morale de l’histoire //
EN FORMATION : le formateur peut présenter une synthèse et le message central de ce qu’il s’est donné pour objectif de transmettre.

Un canvas du storytelling en actions

Cette approche en angle « mécanique » n’inclue pas la dimension théâtrale de la narration. Il y a d’ailleurs fort à parier que beaucoup de formateurs appliquent déjà ce genre de mécanique sans savoir qu’ils appliquent les règles de la narration.

Voyons maintenant un autre angle incluant du « jeu ».

2° ANGLE INCARNATION

En tant que formateur, vous pouvez endosser un « rôle », incarner quelque chose, à un moment donné de votre formation, voire en continu. Avec cette option, vous passez directement en mode storytelling, en mode « conteur ».

Bien entendu, si le cœur vous en dit, vous pouvez incarner un personnage tel un sage, un mage, un devin, un farfadet ou que sais-je, mais plus simplement, vous pouvez incarner le rôle d’un formateur qui est très proche de vous, mais qui est là pour raconter quelque chose (et captiver son audience).

Si vous êtes un formateur aguerri, je pense que savez de quoi je parle : avec le temps, naturellement, on se construit une image de professeur sensiblement différent de ce que nous sommes dans « le civil ». ces formateurs sont comme Monsieur Jourdain, le bourgeois gentilhomme de Molière : ils font du storytelling sans le savoir.

Cette incarnation, vous pouvez également l’utiliser chez les apprenants ; en les invitant à jouer un rôle, il se mettent dans une posture ludique de sortir quelque chose d’eux-mêmes d’inhabituel, de surprenant qui permettra d’ancrer le moment en eux.

Certaines pratique d’apprentissage alternatif utilisent ce ressort de l’incarnation : citons par exemple les 6 chapeaux de Bono. Avec cet exercice de brainstorming, chaque participant est invité à emprunter une posture et un point de vue afin de réfléchir à un problème posé : c’est une des composantes du storytelling.

3° ANGLE UNIVERS

L’approche UNIVERS peut être complémentaire des deux premières (MECANIQUE et INCARNATION). L’approche univers consiste à créer un terrain de jeu ; il sert à plonger les participants dans un contexte général qui va de facto raconter de l’histoire en continu, et où, les participants eux-mêmes vont s’impliquer, peu ou prou.

Imaginez-vous devant une salle de 30 participants, et dès le début de la journée, vous souhaitez la bienvenue aux… jeunes magiciens de Poudlard! Rien qu’en énonçant cette promesse, vous allez enclencher le storytelling. On imagine tout de suite que des groupes de participants vont se former, ils vont batailler gentiment pour prendre le nom telle ou telle congrégation, ou tel ou tel personnage (et dès lors, ils s’inscrivent de facto dans des processus d’INCARNATION) … et donc, en deux temps trois mouvements, l’univers d’apprentissage se crée : un terreau sans limite pour le formateur afin de concevoir des exercices ludifiés et storytellés, avec possiblement des mécaniques d’apprentissage comme on l’a découvert dans le premier exemple l’ANGLE MECANIQUE.

Bien entendu, en tant que maître du jeu, c’est à vous d’organiser les moments d’ancrage des apprentissages, car je le répète, le but n’est pas de faire du théâtre mais bien… de l’apprentissage.

Conditions de réussite du storytelling en formation

J’ajouterai une chose : il y a 3 conditions sine qua non pour que le storytelling en formation « marche », c’est :
1) y croire,
2) faire en sorte que ce soit croyable,
3) que l’expérience se ponctue et se termine par des « ending stories » où le/ les message(s) préalablement définis soient mis en valeur.

Car avec le storytelling en formation, on est là pour créer un espace ludiques d’émotions qui n’auront d’autres utilité que de marquer des moments et ANCRER des savoirs dans le cerveau.

Envie d’en savoir un peu plus ? Contactez-moi.

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