Ce week-end du 11 mai, j’ai redécouvert l’exercice presque oublié du hackathon. 48 heures de collaboration intense à Louvain-la-Neuve, où une quarantaine de passionnés du journalisme numérique ont exploré les nouvelles frontières de l’information à l’ère de l’IA et du Web3. Retour sur une expérience aussi épuisante qu’enivrante.
L’hackathon : un marathon cérébral et créatif au cœur de l’ONSpace
Ce week-end du 11 mai, j’ai pratiqué un exercice que je n’avais plus fait depuis très longtemps : un hackathon. L’espace de 48 heures, j’ai vécu cette expérience presque oubliée de travailler intensément en commun avec des gens physiquement réunis sur un plateau de bureau. La thématique de ce hackathon organisé par Damien Van Achter était « médias, IA, et Web3 ».
C’est dans une des tours de l’Axis Park à Louvain-la-Neuve, dans l’ONSpace, qu’une quarantaine d’hurluberlus du journalisme numérique se sont retrouvés.
Focus : Qu’est-ce qu’un hackathon ?
Pour celles et ceux qui ne voient pas précisément ce qu’est un hackathon, permettez-moi de remettre un peu de contexte. Un hackathon est généralement entrepris par des informaticiens et des codeurs qui se réunissent autour de besoins business. Durant 48h, ils décident en toute connaissance de cause de dormir peu et de se concentrer uniquement sur une tâche à accomplir et un problème à résoudre, sans trop se soucier de qui fait quoi, de qui se donne le plus ou le moins.
Un hackathon, vous l’aurez compris, est la contraction des termes « hack » et « marathon ». C’est une course de fond : c’est fatiguant, ça peut être épuisant, mais c’est aussi enivrant. Tout comme un sportif qui, durant un exercice extrême et prolongé, finit par libérer des endorphines dans son corps pour calmer les douleurs, le sportif de l’hackathon se retrouve assez rapidement pris dans une sorte de transe collective mais calme.
Un autre effet de l’hackathon, exercice très cérébral s’il en est, est que très vite la barrière des âges, des genres, des origines culturelles, des formations académiques diverses s’effacent. L’atmosphère peut devenir rapidement monacale, certes sans aucune religiosité, mais avec tout de même beaucoup de ferveur.

Journalisme et nouvelles technologies : un paradigme en mutation
Cet hackathon était donc consacré au thème du journalisme, et on pourrait même dire du nouveau journalisme qui inclut ce qu’on appelle encore les nouvelles technologies. Bien que le terme de « nouvelles technologies » soit désormais ringardisé par l’accélération fulgurante des innovations que suscite l’IA, le nouveau paradigme du journalisme boosté par l’IA et le Web3 ouvre tout un champ de perspectives nouvelles.
Bien entendu, il faudrait parler des effets psychosociaux de l’IA sur ce métier, mais ce n’est pas le sujet de cet article – sujet que nous avions déjà abordé il y a quelques mois sur OoyoO.be et qui reste, nous semble-t-il, entièrement d’actualité. Si nous faisons abstraction des effets délétères de l’IA sur l’équilibre social de nos sociétés, il reste une technologie qui, pour bien l’utiliser, peut être le contraire de l’aliénation des individus que l’on nous promet.
Par « fulgurances », entendons non seulement des gains de productivité mais aussi des gains de rapidité. Ces gains de productivité et de rapidité ne doivent pas forcément être vus sous l’angle d’une course à la rentabilité capitaliste, mais également à l’aune de la facilitation des métiers de la production d’informations.
La promesse de transparence du Web3 : « Code is Law »
Au-delà des fulgurances, parlons des transparences. La question de la transparence a été centrale au cours de cet hackathon, où 4 groupes de travail se sont attachés à interroger les nouvelles possibilités de traçabilité et de confiance que la presse pourrait incorporer dans son travail. Un travail aujourd’hui sans cesse challengé par les doutes d’un lectorat toujours plus en quête de sens, alors même qu’il est assommé quotidiennement par des gigabits d’informations.
Alors même qu’on nous promet une terrifiante ère de la post-vérité, le Web3, à travers la blockchain et les technologies NFT, se dresse comme un bouclier contre l’oubli et la réécriture des faits.
Une expression a fait long feu dans la langue française : « c’est gravé dans le marbre ». Eh bien, radicalement, ce que le Web3 nous promet, c’est de graver les faits dans le code. Et comme le dit si bien l’adage : « Code is Law » – la loi est dans le code, ou encore mieux, le code est la loi.
C’est donc une des promesses du Web3 que de nous offrir la possibilité d’une mémoire collective implacable qui remettra tout un chacun face perpétuellement à ses responsabilités, mais aussi face aux choix positifs et honnêtes qu’il aurait pu accomplir pour le bien commun.
Quatre projets pour réinventer l’information
C’est ainsi que parmi les 4 groupes de l’hackathon, on a pu voir des projets comme :
Transparency, un dispositif de vérification des news pour mieux combattre les fake news.
Fews, une application ludique pour redonner ou donner le goût aux plus jeunes de s’intéresser très tôt à l’information, mais aussi à la manière de s’y intéresser.
J+1, une boîte à outils pour aider les journalistes à intégrer l’IA dans leur quotidien professionnel.
Et enfin, toutici, un projet auquel j’ai eu le plaisir de participer, en compagnie d’Olivier Roland et Loïc De Boisvilliers. La plateforme toutici combine innovation et pérennisation de pratiques vertueuses utilisées depuis deux ou trois décennies maintenant. toutici cumule les effets avérés de la curation de contenus sur internet, mais avec une acuité démultipliée par le tri optimisé par l’IA.
Et parlons-en, de ces IA : désormais, la création d' »agents IA » permet d’apporter une aide précieuse au travail des journalistes humains mobilisés sur ce projet. Ces agents interviennent dans le tri des informations entrantes, leur classification et leur qualification avancées, ainsi que l’organisation de flux et de workflows. Grâce à eux, il est évident que les journalistes pourront traiter plus d’informations locales sans s’épuiser à la tâche.
L’une des plus grandes ambitions de toutici est de donner la parole aux « locaux » dans des espaces d’écriture, de son ou d’images. Et parce que le but de cet hackathon était de faire la part belle à la transparence, toutici est équipé d’outils de certification des contributeurs et contributrices qui s’exprimeront à visage découvert – l’une des conditions connues pour minimiser la malveillance et l’agressivité inepte dans les conversations et débats publics.
Un écosystème d’excellence : experts et outils convergent
L’hackathon s’est terminé dimanche par une série de keynotes au cours desquelles chaque groupe a pu présenter son projet formalisé et prototypé avec une vitesse précédemment impossible, grâce à des outils fulgurants tels que « Lovable », une plateforme de création d’applications numériques intuitive et pilotée par IA.
Parmi les experts extérieurs venus observer et soutenir les efforts des marathoniens du non-code, on trouvait de fantastiques personnalités issues d’institutions remarquables comme l’Agence Rossel, la RTBF, l’UCLouvain, l’IHECS, WalChain, Agoria, SudInfo, BX1, et j’en passe. Leurs interventions et keynotes ont apporté des éclairages précieux à nos réflexions.

In fine, l’humain au cœur de la révolution technologique
Et pourtant, ces prouesses technologiques ne sauraient effacer le plus important de ce week-end : la valeur de la collaboration humaine, et osons le dire, humaniste, que provoque ce genre d’initiative. Si je me dois de remercier les différents participants de cet hackathon pour leur implication et les solutions business qu’ils ont proposées, je me dois aussi de souligner l’importance de l’implication des coachs qui ont entouré ces équipes, mais aussi des différentes personnalités et experts technologiques qui sont venus présenter des questions très éclairantes.
Ce lundi matin, j’aurais dû me réveiller épuisé après une telle expérience. Et pourtant, c’était tout le contraire : j’étais reboosté pour de nombreuses semaines à venir. L’avenir de l’information se joue dans cette alchimie parfaite entre innovation technologique et humanisme.
Cet article a été optimisé avec l’outil Claude.